Publié le : 14 Fév 2023  

ÉTATS GÉNÉRAUX DES ENSEMBLES PERMANENTS – PHILHARMONIE DE PARIS, 23 JANVIER 2O23
DÉCLARATION : RÉFORME DES RETRAITES
Musiciens et musiciennes des ensembles musicaux permanents, nous nous mobilisons contre le projet de réforme des retraites.
Tout en affichant notre totale solidarité avec l’intersyndicale nationale interprofessionnelle qui coordonne le mouvement d’opposition à la réforme des retraites en appelant à la grève, aux manifestations et à la mobilisation sous toutes ses formes, nous tenons à dire les causes de notre détermination à voir la réforme repoussée.
Comme d’autres, notre travail consiste principalement à solliciter notre corps et son usure constitue la principale limite à notre activité. En ayant commencé la pratique de la musique très jeune, en sollicitant nos mains, nos tendons ou nos oreilles intensément et pratiquement chaque jour depuis des années, nous nous usons au travail. Peu importe que ce soit un art que nous exerçons avec passion, dès que notre capacité à atteindre l’excellence qui est attendue de nous baisse, nous perdons notre place.
Constatant son absence d’intervention dans le débat public, nous concluons que la ministre de la Culture Mme Rima Abdul-Malak n’a aucune position sur la retraite des artistes.
Nous réaffirmons aussi que nous sommes solidaires avec toutes les catégories professionnelles pour lesquelles la réforme annoncée serait la plus dure : toutes les personnes qui ont subi le chômage et la précarité, au premier rang desquelles les femmes. Mais aussi les métiers les plus pénibles et les plus usants que beaucoup exercent depuis leur jeunesse.
 
Alors 64 ans, c’est NON !
Nous serons donc dans la lutte pour le retrait de la réforme jusqu’au retrait complet du texte.
Listes des formations représentées par des délégations de musiciennes et musiciens ce jour :
 
Opéra de Lorraine, Opéra de Paris, Opéra de Rouen, Opéra de Saint-Étienne, Opéra de Toulon, Opéra Orchestre National de Montpellier, Orchestre Victor Hugo Franche Comté, Orchestre de Chambre de Paris, Orchestre de l’Opéra de Lyon, Orchestre de l’Opéra de Marseille, Orchestre de Paris, Orchestre de Picardie, Orchestre des Pays de Savoie, Orchestre National Avignon Provence, Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Orchestre National d’Île de France, Orchestre National de Bretagne, Orchestre National de Cannes, Orchestre National de France, Orchestre National de Lille, Orchestre National de Metz, Orchestre National des Pays de la Loire, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Orchestre Régional de Normandie, Orchestre Symphonique de Mulhouse, Orchestre Symphonique Région
 
SNAM-CGT / CFDT:SNAPAC / SN3M-FO

Déclaration finale des États Généraux des Ensembles Permanents

 Publié le : 13 Fév 2023  

 A l’initiative de nos syndicats et parce que la situation l’exige aujourd’hui encore une fois, nous, musiciennes et musiciens des ensembles musicaux permanents de tout le pays nous sommes réunis en États Généraux ce 23 janvier 2023 à la Philharmonie de Paris.

En premier rappelons que nous sommes la chair et le son des orchestres dont la mission première est de servir la musique de patrimoine et de création. L’excellence artistique de nos orchestres, vantée en France comme à l’étranger, est le résultat de l’engagement de chacun et chacune d’entre-nous. Cet engagement est notamment celui de notre corps que nous sollicitons intensément depuis le plus jeune âge mais nous constatons pourtant qu’à chaque projet de réforme des retraites, pour nous comme pour tant d’autres professions, les gouvernements ignorent cette réalité.

Rappelons aussi que la plupart des maladies professionnelles des musiciens et musiciennes que la science a identifiées depuis des années ne sont toujours pas dans le tableau des maladies professionnelles de la Sécurité Sociale.

Car si nous sommes artistes, nous n’en sommes pas moins des travailleurs et des travailleuses. Parlons-en : nos salaires n’ont cessé de baisser comparativement au SMIC ou au coût de la vie au fil des dernières décennies. Rappelons que dans le même temps, le prix des instruments qui sont nos outils de travail n’a cessé d’augmenter et que la plupart d’entre-nous les financent grâce à des crédits toujours plus lourds. Si l’exigence des concours est de plus en plus élevée, les salaires à l’embauche sont de moins en moins attractifs. Les grilles d’ancienneté, souvent peu favorables, ne permettent pas de valoriser le savoir-faire acquis grâce à l’expérience. Rappelons aussi que nombre d’orchestres sont constitués d’artistes en contrats à durée déterminée. Dans le secteur public l’accès au CDI est conditionné à 6 ans de CDD précaires.

A force d’économies, de non-réévaluation des financements, l’artistique devient systématiquement la variable d’ajustement
; on demande à des artistes de forcer leur jeu parce qu’on économise sur les effectifs, on prend parfois des libertés avec les œuvres en retirant des parties entières, pratiques qu’on croyait révolues. Autant de questions à l’origine économiques et sociales que le ministère de la culture se refuse de travailler malgré des demandes réitérées. Cela ne peut plus durer.

Notre territoire compte encore trop de régions ou de grands bassins de population sans formation symphonique, lyrique ou chorégraphique permanente. Beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes sont trop éloignés des lieux de diffusion de notre musique. La volonté politique de mailler le territoire d’ensembles permanents s’est plus qu’émoussée et le reproche infondé d’un art élitiste s’est transformé en prophétie auto-réalisatrice : quand on ne se donne pas les moyens de porter les arts auprès de tous, il est facile de reprocher ensuite de ne pas élargir les publics. Force est de constater que là où des ensembles permanents existent, ils se déplacent, adaptent leurs programmes aux circonstances et savent conquérir de nouveaux publics.

Mais si nous nous réunissons pour débattre c’est aussi dans le souci d’agir.

En tout premier lieu nous voulons dire qu’à chaque fois que la recherche de l’excellence n’est pas en jeu, nous acceptons l’idée de changer nos comportements professionnels pour accélérer la transition écologique. Nous notons tout de même que par rapport à d’autres modèles de production ou de diffusion des spectacles, nous nous produisons à proximité des lieux de vie de nos spectateurs et spectatrices et que nos déplacements professionnels se font majoritairement en transport en commun. Alors que le déplacement – surtout du public – est un des éléments les plus déterminants de la facture carbone des spectacles, nous sommes donc un modèle à développer. Mais le transport n’est pas tout puisque nombreuses sont les structures qui se sont engagées dans des labellisations écologiques ambitieuses.

Ensuite le décrochage de nos financements par rapport à l’inflation ne peut plus durer. Les boussoles ont-elles été égarées pour qu’on en arrive à penser que dans un pays ou l’extrême droite populiste est aux portes du pouvoir, le plus urgent est de réduire les financements à la culture ?
Nous n’entendons pas demeurer les spectateurs du dépeçage du service public de la musique. Pourtant force est de constater que l’actuel gouvernement (à l’instar des précédents) favorise une mutation de la société française en substituant souvent le secteur marchand aux services publics. Nous savons aussi que ceux-ci sont chaque fois affaiblis par la baisse de leurs dotations, puis critiqués pour leurs faiblesses avant d’être confiés au privé.

 

Dans le cadre des missions de service public qui nous sont confiées, notre art n’a pas vocation à être rentable. Si nous ne sommes pas rapidement refinancés, certains ensembles ou certaines maisons d’opéra disparaîtront. Depuis des années de nombreux postes d’artistes sont vacants ou gelés ; le nombre de créations et de levers de rideau est en baisse malgré une forte demande et un renouvellement des publics bien visible. Aujourd’hui on annule même des productions qui étaient programmées il y a quelques mois. Et la situation va de mal en pis avec l’inflation actuelle et la crise énergétique.

Si les élus locaux ou nationaux ne nous entendent pas, nous solliciterons le soutien du public qui ne nous a jamais fait défaut. Nous pétitionnerons, nous manifesterons ou nous nous mettrons en grève s’il le faut. Mais nous ne laisserons pas partir en fumée le patrimoine immatériel que représentent nos ensembles permanents. Ils sont financés depuis des décennies pour porter l’excellence artistique auprès de tous les publics partout dans le pays et par-delà nos frontières. Ce patrimoine ne nous appartient pas mais nous en sommes les dépositaires et les garants.

Ces états généraux ne s’arrêtent pas ce soir, nous décidons immédiatement :

De conditionner notre signature du « pacte pour un service public des maisons d’opéra et des orchestres permanents du XXIème siècle » à un contenu clair et précis sur les engagements financiers de l’État et des collectivités territoriales

De construire des délégations issues de ces états généraux et de solliciter des entretiens sur la base de cette déclaration finale, auprès de la ministre de la Culture, des grandes fédérations d’élus et des commissions spécialisées des deux chambres du Parlement.

De tout faire au niveau national et dans chaque formation pour obtenir une revalorisation salariale au niveau de l’inflation que nous subissons

De construire un front large de personnalités et d’organisations en soutien au service public de la musique

De nous retrouver avant l’été afin de décider de la suite

Listes des formations représentées par des délégations de musiciennes et musiciens ce jour :

Opéra de Lorraine, Opéra de Paris, Opéra de Rouen, Opéra de Saint-Étienne, Opéra de Toulon, Opéra Orchestre National de Montpellier, Orchestre Victor Hugo Franche Comté, Orchestre de Chambre de Paris, Orchestre de l’Opéra de Lyon, Orchestre de l’Opéra de Marseille, Orchestre de Paris, Orchestre de Picardie, Orchestre des Pays de Savoie, Orchestre National Avignon Provence, Orchestre National
Bordeaux Aquitaine, Orchestre National d’Île de France, Orchestre National de Bretagne, Orchestre National de Cannes, Orchestre National de France, Orchestre National de Lille, Orchestre National de Metz, Orchestre National des Pays de la Loire, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Orchestre Régional de Normandie, Orchestre Symphonique de Mulhouse, Orchestre Symphonique Région Centre Val de Loire Tours, Théâtre National du Capitole de Toulouse

SNAM-CGT / FO SN3M / CFDT : SNAPAC

Le texte pour les Victoires de la Musique 2023

 Publié le : 12 Fév 2023  

Voici le discours prononcé par Karine Huet le 10 février 2023 lors des Victoires de la Musique.  Il peut être utilisé pour toutes les situations de mobilisation possibles.

Les Victoires de la Musique, c’est un moment intense rempli d’émotions avec des musiciennes et des musiciens qui jouent pour vous en direct, c’est ça qui rend cet instant si particulier.
Nous autres instrumentistes, accompagnateurs un peu dans l’ombre, nous sommes les intermittents du spectacle comme on nous appelle, tout comme les dizaines de techniciens qui s’affairent ce soir partout dans cette Seine Musicale pour que le show soit magique.

Pour amener la musique près de chez vous, sur toutes les scènes de France, nous parcourons le pays sans relâche. C’est notre métier, notre passion, mais il n’en est pas moins exigeant. Pour vous, pour le public, nous devons toujours être parfait, être les meilleurs.

Si nous avons l’obligation, le devoir d’être toujours au plus haut niveau, nos salaires sont loin de refléter cela et d’en tenir compte, stagnant depuis des décennies. Nos fins de mois sont difficiles même lorsqu’on travaille régulièrement.

Pour ne rien arranger, nous sommes frappés par l’annulation de nombreux spectacles et créations du fait de la baisse des financements alloués à la culture.

Comme dans tant d’autres métiers précaires, avec des salaires irréguliers, nous ne sommes pas rassurés par le projet de réforme des retraites dont les modalités de calcul nous seront encore plus défavorables qu’aujourd’hui.

Alors que nous pratiquons la musique de manière très intensive depuis l’enfance, il arrive à beaucoup d’entre nous que nos corps ne nous obéissent plus. Quand on est usé, qu’on le veuille ou non, on ne peut plus atteindre l’excellence que vous attendez de nous.

Et 64 ans, lorsqu’on a commencé l’instrument à 6 ans avec tout le travail et les sacrifices que cela implique, ce n’est pas tenable et c’est pour cela que nous manifestons actuellement comme tant d’autres le font.

Bien sûr, de nombreux artistes font de longues carrières, mais l’excellence artistique ne nous garantit pas de pouvoir travailler jusqu’au bout. Le métier est ingrat, on est vite remplacé par des plus jeunes et les femmes aussi, si peu nombreuses sur scène sont vite oubliées lorsqu’elles se sont arrêtées pour leurs maternités. Ce sont des réalités trop souvent ignorées et méprisées. Alors à nous les carrières incomplètes, les petites retraites, la fragilité et la précarité annoncée.

Mesdames, messieurs, cher public, merci pour votre attention et votre soutien dont nous avons tant besoin. Pour votre plaisir et votre joie : « the show must go on » comme on dit avant de monter sur scène, même quand tout va mal.

L’Assemblée Générale Extraordinaire du GIP Cafés-Cultures a acté le 3 février la création d’un nouveau fonds d’aide à l’emploi dans le spectacle occasionnel.

Celui-ci, indépendant du fonds existant pour les cafés-hôtels-restaurants dont le fonctionnement ne change pas, bénéficiera aux microentreprises et associations relevant du GUSO, aux communes de moins de 3500 habitants et aux regroupements de collectivités de moins de 7000 habitants.

Ils pourront accéder à des aides à l’emploi d’artistes et technicien·nes pour un spectacle, à condition de répondre à un certain nombre de critères, comme être l’organisateur du spectacle, en gérer la billetterie, respecter la convention collective du spectacle vivant privé.
Les aides seront calculées selon un barème strictement similaire aux aides existantes pour les Cafés-Hôtels-Restaurants : plus il y a d’artistes sur scène, plus la prise en charge est importante. L’embauche d’un·e technicien·ne pourra également être aidée s’il y a au moins deux artistes sur scène.

Notre syndicat a été le premier à proposer l’élargissement du champ du GIP-CC. Durant les deux ans de discussion qui ont précédé la décision, nous n’avons cessé de nous battre pour que l’intérêt des musicien·nes soit pris en compte dans la création de ce nouveau fonds.
Nous avons été particulièrement vigilants à ce que la conformité des salaires versés soit systématiquement vérifiée : ainsi un organisateur qui payerait, pour un concert en plein air, moins de 167,65€ bruts (accord sur les salaires de la CCNSPSV du 1/12/2022 dont l’extension est imminente), se verrait refuser l’aide.

Nous avons tenté de mettre des garde-fous pour que le bénéficiaire de l’aide qui emploie les artistes soit réellement l’organisateur du spectacle. Nous avons également souhaité mettre en place des mécanismes permettant de protéger le fonds à destination des hôtels-cafés-restaurants.

Beaucoup des propositions que nous faisions en ce sens ont malheureusement été refusées par la Présidence du GIP, suivie en cela par une majorité de collectivités territoriales et par l’Etat. Nous regrettons aussi que les représentants du monde associatif n’aient pu porter leurs propositions dans les débats pour que le projet soit au plus près des besoins des organisateurs occasionnels des spectacles de proximité. Enfin, nous craignons aussi que le niveau de prise en charge de l’aide soit trop faible pour que le fonds soit réellement efficace (par exemple, pour un concert de 3 artistes dans un lieu de plus de 300 places, un reste à charge de 558€) .

Mais un des périls qui menace le GIP-CC est ailleurs : la situation financière des collectivités territoriales qui annoncent un peu partout des baisses des dotations à la culture, inquiète. Quels seront les choix opérés entre les aides au secteur culturel, celles aux Cafés-Cultures ou celles au secteur occasionnel ? Nous serons vigilants à ce que l’existant soit préservé.

Si ce nouveau projet comporte un certain nombre de faiblesses dont quelques-unes sont évoquées ci-dessus, il a surtout été adopté sans véritable consensus (la moitié du collège privé dont les représentants des Cafés ont voté contre le projet). Cela fragilise grandement la mise en œuvre du dispositif et l’ensemble du GIP-CC.

Nous appelons donc à ce que les discussions continuent. Le projet devant être rediscuté dans un an, il appartient à chacun, et en tout premier à la Présidence du GIP de contribuer à la recherche du consensus le plus large en prenant au sérieux les positions des uns et des autres.

L’élargissement décidé le 3 février existera lorsque des collectivités voteront des budgets et les confieront au GIP, ce qui pourra se concrétiser à partir de l’été prochain en aides à l’emploi, en salaires pour les artistes et en spectacles. C’est le sens de notre engagement dans ce projet.

 

Paris le 8 février 2023