L’Artiste Enseignant n° 76

 Publié le : 30 Nov 2020  

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  • Les perles du confinement – saison 2
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Enseignement artistique et Covid saison 2 : c’est encore pire

 Publié le : 5 Nov 2020  

Comme en mars dernier, les enseignants artistiques sont au travail, mais en pire. Sur le terrain, si certains conservatoires gèrent la situation avec sérieux et responsabilité, ce n’est pas le cas de tous. Les situations dangereuses se multiplient, les témoignages inquiétants prolifèrent, les réquisitions illégales ressurgissent, les injonctions dépassent régulièrement les bornes sous prétexte de l’état d’urgence qui a bon dos.

Le décret 2016-151 sur le télétravail dans la fonction publique est clair : si un conservatoire veut utiliser le télétravail, il y a des règles. L’agent doit en faire la demande et l’employeur doit mettre à disposition le matériel nécessaire. Si ce dernier contraint l’enseignant à télétravailler au sein de l’établissement, les locaux dédiés doivent être vraiment adaptés à la pratique artistique ce qui n’est presque jamais le cas et des collègues se retrouvent dans des bureaux administratifs impraticables. Il en est de même pour le secteur privé, il est même prévu un dédommagement pour l’utilisation du domicile personnel. Pour les protections des données (RGPD), le respect du droit à l’image et le respect de la vie privé, il faut recueillir préalablement l’autorisation des parents. Ces règles sont les mêmes pour tout le monde.

Le maintien des cours destinés aux 3èmes cycles et aux CHAM rend l’organisation du travail difficile : il est souvent demandé aux enseignants de faire du présentiel et du télétravail. Ce mixage est ingérable. Les emplois du temps sont ubuesques, les contraintes de déplacement sont inextricables. Les heures de transport explosent. Quand la quotité d’heures hebdomadaires dépasse le temps de travail prévu, ce sont des heures supplémentaires : il faut qu’elles soient prises en compte.

Les pratiques des orchestres à l’école, les activités collectives CHAM et les interventions collectives en milieu scolaire ne permettent pas la protection des enseignants et cela est encore plus vrai pour les instrumentistes à vent qui ne bénéficient d’aucune protection. Ils circulent sur plusieurs établissements et, par conséquent, dans les transports en commun. Quid du confinement alors ?

La qualité de personne vulnérable, ou de personne partageant le domicile d’une telle personne, est revue depuis qu’une ordonnance du Conseil d’Etat a suspendu les restrictions d’août dernier. Nous invitons les artistes enseignants à ne pas se laisser faire à ce niveau, ce sont des droits.

Quelle anticipation depuis la rentrée de septembre ? Pas grand-chose. Beaucoup de structures ont été mobilisées par la rentrée sans prévoir ce qui était pourtant largement pressenti.

Souvent, le contexte financier est aussi prétexte à excuser les divers manquements à la sécurité au travail. Le gouvernement devrait penser à octroyer les moyens financiers nécessaires à notre secteur aussi.

Les enseignants veulent maintenir le lien pédagogique mais pas comme au Printemps. L’organisation envisagée, en général, est restée la même et ne convient pas. L’enseignement artistique doit pouvoir se poursuivre pour tous en respectant la santé de tous, avec des conditions de travail correspondantes. Ce n’est plus négociable.

Paris, le 5 novembre 2020

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La gravité de la situation des musiciens et musiciennes de notre pays appelle des réponses urgentes

 Publié le : 2 Nov 2020  

Nous avons réalisé sur plusieurs semaines une enquête en ligne sur la situation sociale des professionnels auxquels près de 900 artistes ont répondu. Si le document (dont vous pouvez prendre connaissance ici) ne prétend pas être scientifique, le nombre de répondants, leur diversité et à certains égards l’homogénéité des résultats donne une image incontestable de la situation. C’est la catastrophe.
– 1 musicien·ne sur 2 a moins de 14 cachets effectués ou prévus entre mars 2020 et février 2021 (contre 53 habituellement) ;
– 91% des annulations de contrats n’ont pas été indemnisées du tout ;
– 56% des musicien·ne·s ne sont pas confiant·e·s quant au fait de prolonger leurs droits à l’assurance chômage en août 2021. 26% pensent que ce sera impossible ;
– entre mars 2020 et février 2021, le volume de cachets effectués ou prévus a chuté de 68% par rapport à 12 mois auparavant ;
– toutes les régions, tous les genres, tous les âges, tous les styles musicaux, et tous les secteurs d’activité ont été touché·e·s de manière similaire ;
– 41% des musicien·ne·s qui n’ont pas d’activité annexe ne remplissent actuellement plus les conditions pour ouvrir un droit à un congé maladie ou un congé maternité. Ce chiffre serait de 54,5% s’ils faisaient un contrat en novembre puisque cela décalerait la période de référence.
Ces chiffres sont confortés par d’autres : la baisse du nombre de contrats de travail enregistrée par Pôle Emploi de mars à septembre est supérieure à 50% en 2020 par rapport à la même période en 2019 (nous estimons d’ailleurs que la situation est encore plus dégradée pour les artistes du spectacle vivant que pour l’ensemble des intermittents du spectacle). Plusieurs caisses sociales sont en graves difficultés financières faute de cotisations, on parle de centaines de milliers d’euros pour le secteur culturel.
La ministre de la culture Roselyne Bachelot a déclaré que les répétitions restaient autorisées durant la période de confinement en appelant les artistes à être créatifs aujourd’hui en préparant les spectacles de demain. Nous l’interpellons et lui demandons d’urgence un plan massif de financement des répétitions, des résidences et des enregistrements pour permettre à tous les artistes de la musique de reprendre le travail et de percevoir des salaires, quelle que soit leur esthétique.
Jusqu’à aujourd’hui, les centaines de millions d’euros des plans de secours, de sauvegarde ou de relance mis en place par l’Etat, le Centre National de la Musique (CNM) ou certaines collectivités territoriales n’ont été affectés qu’aux seules entreprises. Il est urgent que, de manière complémentaire, des aides soient déployées en faveur de l’emploi des artistes interprètes.
Cette revendication pour le secteur musical vient en complément de toutes celles exprimées par la CGT-Spectacle dont la prolongation de l' »année blanche » des intermittents du spectacle jusqu’à un an après la fin de l’ensemble des décisions administratives et sanitaires nous empêchant de nous produire sur scène.
Nous voulons travailler, percevoir des salaires et générer des cotisations qui nous assurent une protection sociale. Nous voulons jouer, nous exprimer, faire vivre notre art. Si nous comprenons que le confinement signifie l’arrêt des spectacles en public, nous refusons qu’il signifie le sacrifice de la richesse culturelle de notre pays ou de celles et ceux qui en sont les acteurs.
Paris, le 2 novembre 2020